« C’est la faute à Le Corbusier ? » dans la Terrasse

Théâtre de L’Épée de Bois – Cartoucherie / de Louise Doutreligne
Mise en scène Jean-Luc Paliès
C’EST LA FAUTE À LE CORBUSIER
Publié le 30 mars 2013 – N° 208
Leçon d’architecture fonctionnaliste et plongée dans un local social de banlieue. Une effervescence bon enfant pour mieux réhabiliter la ville.

C'est la faute à Le Corbusier 19
De l’Europe à la Russie soviétique, les besoins sociaux des années 50 et 60 lors de la Reconstruction sont tels que l’esthétique fonctionnaliste s’est déployée dans l’anarchie, entre contraintes techniques, normes financières et poids des institutions. C’est aussi l’histoire d’une révolution du goût esthétique au moment où le béton omniprésent impose sa loi. Ce matériau a connu son heure de gloire dans l’élévation du Mur de l’Atlantique, grâce aux blockhaus coulés avec du béton bien français. Comment recycler une technique ? L’architecte, au plus près de l’ingénieur et du promoteur, propose sa vision des habitations collectives « radieuses », barres et tours inspirées de l’architecte suisse Le Corbusier et de ses « unités d’habitation », construites à Marseille, à Firminy ou à Chandigarth en Inde. C’est la faute à Le Corbusier de Louise Doutreligne dans la mise en scène de Jean-Luc Paliès est un plaidoyer pour le « mieux vivre » public et privé dans l’habitation. La pièce est nourrie non seulement de réflexions économiques et sociales, de discours théoriques sur l’architecture et l’urbanisme, mais encore du regard des politiques et des témoignages pleins d’humanité des habitants. La représentation bien ficelée s’amuse de la présence vivante des comédiens sur le plateau – Catherine Chevallier, Claudine Fiévet, Valérie Da Mota, Ruth M’Balanda, Jean-Pierre Hutinet, Jean-luc Paliès -, autant que des reportages filmés avec d’autres acteurs, projetés sur écran.

Débats vifs et passionnés
A l’instigation de la maire dynamique de la ville, investie dans le logement social, l’intrigue est lancée par une étudiante en audio-visuel, fille du gardien brésilien de l’immeuble, devenu espace de résistance de jeunes gens tournés vers l’art, l’histoire et l’état de la planète, souvent issus de l’immigration, musiciens, étudiants, chanteurs de funk. Dans un esprit convivial, ces habitués du local séquestrent les deux architectes mis en concurrence pour le concours public de réaménagement du quartier. La vision argumentée alterne. D’un côté, l’homme refuse l’aveu des erreurs commises et persiste à ne pas entendre les doléances ou les desiderata des habitants alors que la femme préfère réhabiliter la banlieue pour en faire un nouveau centre avec son supplément d’âme. Faut-il détruire les barres et les tours ou bien les réaménager? Les débats et les discussions critiques sont vifs et passionnés, entrecoupés de chansons et de musiques. Le spectacle invite le public responsable à un moment de partage et d’engagement afin de suivre, selon Le Corbusier et l’architecte brésilien Niemeyer, « la ligne de vie qui donne de la légèreté au béton ». Un échange de propos divergents pour faire naître des projets citoyens constructifs.

Véronique Hotte

 

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